Mémoire superficielle et mémoire profonde


                                                                                        «  J’ai longtemps habité sous de vastes portiques
                                                                                                                   Que des soleils marins teignaient de mille feux ».
                                                                                                                                                                                    Baudelaire


    Pendant longtemps je voyais sans voir, je ressentais sans savoir, je cherchais sans définition préalable quelque chose, quelqu’un qui fût non une réponse ferme et fermée mais au  moins un tremplin.
    Dans cet état de perceptions, je me trouvais alors dans ce plan de la conscience ordinaire, enfin pas tant que cela car, depuis l’enfance, ma réflexion intérieure et certaines expériences psychiques dont je ne parlerai pas ici pour ne pas disperser ma pensée ni la vôtre, ne me permettaient pas de m’en tenir au masque têtu pour les uns, ténu pour quelques autres, des apparences. Disons que je vivais comme vous dans la mémoire consciente superficielle, celle qui s’appuie sur des souvenirs conscients accumulés depuis la naissance, depuis ce qu’on nous dit être, dans nos civilisations, le début de nos existences, voire avec les progrès de la psychologie moderne , en reconnaissant une conscience et des perceptions prénatales.
    Pourtant, déjà, au delà de cet espace temporel délimité par cette croyance ambiante, à travers le contrôle raisonnable de l’esprit sur ce qu’il croit être « moi », des sensations fugitives, des sentiments sous-jacents, mais dénués de sens explicable, me traversaient parfois.
    Les lieux, certes, agissent sur notre mémoire profonde : certains lieux m’attiraient , me laissaient rêveuse, songeuse d’une songerie qui ignore son objet. A rebours, telle ville me faisait frissonner tout en exerçant sur moi une attraction inquiète : une nuit, j’y fis un rêve extraordinaire.
    A présent, je comprends que de ces lieux capables de faire vaciller la stabilité de notre conscience immédiate, celle qui se rattache à la vie actuelle, il en est de deux sortes :
ceux qui portent en eux la trace assez intacte du passé, ou sa force même par delà les altérations des époques successives ,ceux où nous vécûmes intensément et qui ébranlent en profondeur notre psyché, sans pour autant que le voile d’oubli ne se soulève. Ainsi, dans cette période d’immense quête, où m’étant libérée des entraves qui longtemps m’avaient retenue, j’avançais écoutant mon cœur, c’est à dire l’intelligence supérieure, « on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux », je me rendais quelquefois à Royaumont ; dans ce domaine harmonieux et serein, de pierres douces encloses par des arbres majestueux, je me sentais étrangement bien, dans un lieu familier où je me plaisais à m’attarder. J’aurais voulu pouvoir y dormir, car la nuit, quand s’éloignent les humains et leurs bavardages, l’âme des lieux, la mémoire des choses deviennent sensibles à qui sait les écouter. En même temps que le parfum du passé m’enivrait doucement, cette abbaye conservait à un degré supérieur la présence de celui que j’allais retrouver bientôt. C’était peu avant ce voyage en Orient qui allait m’éblouir et me rendre la vue , la vraie conscience : « un éclair puis la nuit ». J’ai été éblouie, puis comme aveuglée au point que je crus perdre la vue, et brusquement j’ai vu, j’ai su , une évidence, mais de cela qui est immense, je parlerai à un autre endroit.
     Il semblerait que les moments les plus forts c’est-à-dire les rencontres majeures, nous soient annoncés, ou que nous en ayons le pressentiment. J’avais justement lu cet été-là dans la page culturelle d’un quotidien que Léonard Cohen avait écrit «  Suzanna » peu avant de rencontrer celle qui se prénommait ainsi. Beaucoup d’entre nous ont eu, je crois, le pressentiment d’un grand bonheur ou d’un grand malheur, ce qui ouvre une réflexion abyssale sur les échanges télépathiques, sur la linéarité supposée du temps, sur l’ignorance ou la connaissance enfouie de notre destinée, et donc sur la question la plus philosophiquement infinie de la liberté humaine ou d’un destin implacable, du fatum ou du libre-arbitre.   
    D’autres lieux tiennent leur force, non pas tant de l’accumulation de moments passés, de la sédimentation en quelque sorte des émotions vécues, mais de la présence d’un être éveillé et émetteur, qui de ce point de l’espace rayonne, émet et qu’un autre être également éveillé et sur la même fréquence  reçoit.
    Ainsi, quelques années auparavant, alors que je ne me doutais de rien et vivais simplement dans le présent, un jour, en passant dans la montagne, près de roches spectaculaires, mon être intérieur frémit, et aussitôt j’exhortais le conducteur de faire halte et je sortais comme aimantée, oui, aimantée est le mot juste. Bien plus tard, lorsque je rompis les amarres pour me mettre en quête de l’amour, dans l’espace , je trouvais et je reconnus la maison de celui que je cherchais depuis si longtemps, sans même comprendre la raison de cette attraction extraordinaire, incompréhension qui irritait mon bon sens , attraction incompréhensible que je trouvais par moments ridicule étant donné la relative notoriété de cette personne. Mais la force qui me poussait ou m’attirait l’emportait sur toutes ces petites considérations sociales ou d’amour-propre.  Aimer, c’est s’exposer à paraître ridicule aux yeux de qui n’éprouve rien !
    Lorsque je dis que je reconnus sa maison, c’est un abus de langage, une facilité : comment l’aurais-je reconnue, ne l’ayant jamais vue ? Je vis et je sus, par des indices matériels, car jamais l’esprit rationnel dans ces moments ne fait défaut, j’ai besoin de toutes mes facultés, et par une intuition sûre d’elle-même que c’était là . J’en eu la confirmation peu après. Mais, j’adore ces moments de certitude intérieure, alors qu’aucune preuve matérielle n’a encore été trouvée : je sens, je sais, c’est vrai, j’ai confiance en cette émotion bouleversante où d’un coup ce qui été caché, perdu, oublié, se révèle, revient et me fait pleurer. Après je cherche et je trouve vite des éléments concrets, visuels qui corroborent ce qui n’est au début qu’une « vue de l’esprit ».
    Cependant, la porte de sa demeure restait close, et un silence obstiné, incompréhensible, ( comment était-il possible qu’il ne répondît pas, qu’il ne vînt pas alors que je projetais toutes les forces de mon être ?), un silence cruel, terrible répondait à mes appels. Bien sûr, ce silence n’était pas vide, c’était une forme de réponse,  il emplissait la montagne et dans les murmures du vent m’enveloppait. Mais qui a soif désire l’eau et non le vent. J’étais encore inconsciente, tandis que lui avait depuis longtemps une claire vision : il comprenait mieux mes textes que moi-même qui les avais écrits avec étonnement, percevant qu’ils étaient porteurs de sens mais ne pouvant le déchiffrer.
    Alors, désemparée, je me suis dit : où aller à présent  ? J’ai tourné mon esprit dans toutes les directions de l’espace et j’ai senti que l’Orient m’appelait. L’Orient, les origines : là-bas je trouverais la clef de mon être. Je croyais me recueillir et méditer dans un monastère… Un raccourci vers la Lumière m’a été offert.
    Alors, avec la plus grande précision qui soit, la Providence me déposa une nuit à l’endroit exact où allait jaillir la lumière, lumière que j’essaie de communiquer avec toutes les insuffisances du langage humain, surtout pour exprimer de telles expériences.








                     Cailloux blancs sur le chemin


«  Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore
                                                                                                        Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
                                                                                                L’inflexion des voix chères qui se sont tues. »
                                                                                                                                                                            Verlaine

                           
    Un certain nombre de faits, de pensées qui jalonnent notre existence n’ont, pris isolément, aucun sens , ainsi ces marques au sol à peine perceptibles, qui dessinent vues d’avion une forme géométrique parfaite.

    Voilà que, pour témoignage et dans le but d’une meilleure compréhension de la Vie, et non pour ennuyer le lecteur par des détails biographiques personnels, je lis rétrospectivement, avec recul, dans le dédale apparemment désordonné de mon cheminement des marques blanches, des jalons qui, reliés entre eux, convergent dans une merveilleuse unité de sens et d’intention : relire, relier et découvrir un dessin, donc un dessein.
    On pourra arguer dubitativement que j’invente, que j'affabule, qu’il s’agit d’une mystification : j’entends déjà ces clameurs… Mais ma parole est sincère, et certains points vérifiables.
    Suivons autant que possible la chronologie.

    Encore très jeune, je devais avoir quatre ans, j’ai vécu quelque temps dans les Ardennes, non loin de Charleville . Les lieux encore comme signe ! Ensuite je me souviens que souvent la nuit, encore enfant, je me levais : j’avais mal aux genoux. Moi, pourtant en très bonne santé, je ressentais ainsi ces douleurs dans cette partie du corps, sans doute pensais-je alors et vous aussi, en raison de la croissance. Explication simple et évidente, mais je crois quand même que le corps actuel garde en mémoire d’anciennes souffrances, ce qui expliquerait bien des phobies : peur de l’enfermement, crainte irraisonnée de la noyade, douleurs aux poignets, aux chevilles… Les thérapeutes futurs pourront mieux aider à soulager ces blocages, les patients eux-mêmes pourront mieux les dépasser en intégrant cette connaissance. En l’occurrence, ces douleurs aux genoux n’étaient pas miennes, elles étaient en quelque sorte enregistrées par sympathie, par empathie, pour avoir absorbé le calvaire d’un être très cher.

    Enfin, un jour, vers quatorze quinze ans, je découvris, quel enseignement tardif ! La poésie. Cela m’enchantait. Je me souviens avoir écrit, mais ce carnet d’adolescente s’est perdu, une fantaisie intitulée: Bleu, Rouge, Vert ; Baudelaire, Rimbaud, Verlaine.
    En classe d’hypokhâgne, pour remercier mon professeur de littérature de son enseignement, j’avais dessiné au crayon le portrait d’Arthur. Je m’étais inspirée de la couverture d’une édition de poche , mauvaise reproduction de son visage, seule image que j’avais alors de lui , mais déjà évocation propre à toucher la mémoire inconsciente. Quoi qu’il en soit, timidité, manque d’occasion pour aborder ce professeur, ou impossibilité de me détacher de ce dessin, je le gardais.
    Comme je voulus terminer mes études supérieures à Paris, à la Sorbonne, je logeais  près de la porte d’Auteuil : là se trouvait une brasserie dont la couleur des stores était alors vert empire, et depuis il m‘a semblé que la couleur a changé : Le Murat. Je n’osais pénétrer dans un établissement aussi distingué en raison de mon impécuniosité . Ce nom bien sûr ne me disait rien , n’ayant pas alors étudié de façon approfondie cette période . Enfin, ce nom était là sur ma route, sous mes yeux, en évidence , et pendant des années.
    Quand , en grandissant grandit aussi le désir d’enfant , je me disais toujours: si j’ai un fils, je l’appellerais Arthur. Mais d’où venait cette prédilection ? Je n’en savais rien. Mon arrière grand-père, capitaine au long cours, et son fils aîné, mon grand-oncle, portaient tous deux ce sévère prénom, nordique et abrupt.
    Les années passaient; rien ne se passait , l’ennui m’enveloppait dans sa triste mante brune, je regardais les soleils tourner dans le ciel, les nuages déployer leur changeante chorégraphie au-dessus du verger et des grands arbres, arbres aimés, compagnons de mes pensées radieuses ou sombres.
    Et puis, l’émotion me bouleverse en évoquant ce moment décisif, dans le lieu le plus banal qui soit, un grand magasin, je fus arrêtée par un visage, une photo en noir et blanc. Ce regard, ce visage m’attiraient inexplicablement. Je l’emportais, j’emportais ce mystère. J’écoutais cette voix qui me parlait, par laquelle la présence de l’autre parcourt l’espace, magie des ondes, mais ma raison ne pouvait percer ce secret. La part la plus profonde, le noyau intemporel de mon être, je ne saurais le nommer (supra conscience, âme, esprit … comme on voudra, ne tombons pas dans les querelles terminologiques), elle, avait vu, compris, ressenti ; quant à ce qu’on appelle le « moi », lui, il ne cessait de se heurter à ce mystère, non sans pressentir qu’il y avait là une raison plus perceptible au cœur qu’à la raison.

    Ce ne fut que plus de quatre ans plus tard, après un intense vécu et une suite d’expériences et de réflexions inouïes, après de très vives émotions, qu’enfin, un matin, en entendant à la radio une chanson adaptant Le Dormeur du Val que le voile se déchira et tout ce chagrin éclata , joie et douleur mêlées : Il a été Arthur Rimbaud !
   
       



                               Reconnaissance

               
                                                                                    «  Sans doute la vie, en mettant à plusieurs reprises ces personnes sur mon chemin, me les avait présentées dans des circonstances particulières qui, en les entourant de  toutes parts, avaient rétréci la vue que  j’avais eue d’elles  et m’avait empêché de connaître leur essence. »
       
                                                                                                                                                                    Proust, Le Temps retrouvé




        L’Orient m’appelait. Je suis allée en Orient : quelle force, quelle énergie me propulsa là-bas ? J’ai bien conscience de vivre dans l’extraordinaire, et  que cette suite de découvertes n’a rien de fortuit, que je suis guidée sur cette trajectoire insolite, que lorsque je crois faire un choix, prendre une décision, une volonté supérieure à la mienne, une intelligence supérieure à toute intelligence humaine me tient dans sa main souveraine. Et ce n’est pas orgueil, au contraire, je n’en demandais pas tant, c’est trop pour une seule femme. Mais si cette somme me tombe dessus, simultanément je reçois la force pour la porter. Je fléchis face à ces grandeurs, je m’agenouille. Je fléchis et je réfléchis.
       
            Voici le fruit de ces réflexions.    Il me faut aujourd’hui, après lente délibération intérieure, hésitation et interrogation, ayant compris que cela est voulu et que je le dois, pour ceux de ce temps et les hommes et les femmes de demain, en venir à écrire pour porter témoignage. Je sais que je m’expose à bien des railleries, à des accusations, dont la plus facile sera de m’accuser de mentir ou d’être folle. En plus, je bénéficie de l’énorme respect que les hommes portent aux femmes depuis la nuit des temps ! Les athées, esprits rationnels pour qui l’intelligence est le produit d’une organisation cellulaire, comme bon nombre de croyants qui sont fermement assis sur leurs positions dogmatiques et craignent les pensées nouvelles, auront quelque difficulté à recevoir ces paroles. Les bouddhistes seront sans doute plus réceptifs car pour eux la métempsycose  fait partie de leur mode de pensée. Néanmoins, curiosité remarquable et incohérence bizarre , le credo que récitent chaque dimanche les catholiques comporte cette affirmation : « je crois en la résurrection de la chair ».  Enfin, beaucoup hésitent, et aujourd’hui, il me semble que nombre d’individus sont à la recherche d’eux-mêmes dans le temps, ont des réminiscences plus ou moins conscientes, revisitent des lieux déjà parcourus… «  Il y a plusieurs chemins… », sage parole d’un être en voie de sagesse que je connais.

    Voyage en Orient. Pour clarifier , pour satisfaire les chronologistes, ce voyage eut lieu avant que le souvenir de Rimbaud n’illumine ma conscience, mais après que je me fus mise en quête. Tout est allé très vite. Ce fut « l’année terrible » ! Un clin d’œil pour ce cher Victor …

    Je ne pourrais dire, je ne peux ni ne veux relater ce qui est inexprimable, ce que j’ai vécu dans le soleil d’Orient, dans la chaleur rayonnante, dans la nuit magique face à cette mer primordiale et sacrée. Cela est ancré en moi , vous ne pourrez me l’arracher.


    Le temps a suspendu son vol au niveau de la perception intérieure, mais il a poursuivi son cours en dehors, et j’ai embarqué dans un vol de retour. Retour de quoi ?  Qu’avais-je vécu ?  Je savais qu’une transformation extraordinaire s’était opérée , que j’avais été touchée par un éclair… Il m’en restait l’éblouissement.
    Éblouie, dans l’avion, je flottais par-delà les perceptions habituelles, dans un état intérieur difficilement traduisible : l’image qui conviendrait le mieux serait une
 sorte de dilatation heureuse et rayonnante. Dans les jours, les semaines qui ont suivi, cet état perdit en intensité mais sans disparaître toutefois. Mon esprit cherchait, dans les livres, dans les lieux, telle statue au tympan d’une église me fit faire un rapprochement analogique, dans les souvenirs très présents de ce que je venais de vivre, dans les profondeurs de l’inconscient. Je ne savais pas, je ne comprenais pas, je ne voyais rien, pas encore…
    Pourtant, un processus intérieur était en marche, un effort immense me travaillait. Et parallèlement, ma vue faiblissait, je ne parvenais plus  à lire les textes que je devais parcourir, les yeux ne pouvaient plus suivre les lignes, ils pleuraient dans cette tension. En quelques jours, ce phénomène s’accéléra. Je crus que j’allais devenir aveugle et sollicitai en urgence une consultation auprès d’un spécialiste qui ne décela rien d’anormal.
 
    Un jour, un lundi, j’allais en fin d’après-midi nager à la piscine. Je glissais dans l’eau en nage crawlée, j’ai toujours aimé nager, le corps est plus léger, l’esprit peut vagabonder dans cette demi-apesanteur, des images surgir dans cette étendue bleue. Et alors , soudainement, comme une bulle remonte des profondeurs d’un lac à la surface, cela est remonté en moi avec une lumineuse évidence, une joie intense, indicible : c’est Saint Louis !
    En quelques mouvements, je gagnai le bord, et appuyée sur les bras, encore immergée, cette lumière m’envahit ; tout s’arrêtait, le temps, les siècles, l’espace à l’entour.
Oui, la vérité se révélait à moi ainsi, de merveilleuse façon et m’inondait de sa lumière, une lumière dorée qui m’entourait, qui vibrait autour de ma tête et en moi. Cela m’était déjà arrivé avant de recevoir ainsi la Lumière, assez rarement mais ces traversées sont si intenses, apportent une telle joie que le reste semble minuscule. La première fois, ce fut dans une petite église de village où je priais après m’être recueillie sur la tombe de mon père. Une autre fois, je me trouvais sous un chêne dans une de nos somptueuses forêts d’Ile de France… Le lieu peut varier, il faut une certaine qualité de silence et de vigilance intérieure.
    Ce jour-là, mémorable entre tous, la lumière divine m’apportait de surcroît cette connaissance, ce vertigineux retour du passé dans la conscience présente, brisant en douceur le voile qui occulte notre mémoire et ne nous permet pas d’avoir accès à la vie antérieure, sans doute afin que les humains ne souffrent pas trop : c’est bien assez des souffrances de l’existence présente.
    Pourquoi cela m’arrivait-il alors, pourquoi à moi, pourquoi lui ? Je ne cesse d’y penser, et entrevoyant la réponse, je grave par écrit ce qui doit être annoncé : n’est-ce pas la bonne nouvelle, celle de la Vie éternelle ? Oui, mais aussi, que de peines, que cette prise de conscience est douloureuse, car il n’y a pas eu une seule vie avant, mais plusieurs, et que de blessures, que de cris , de combats,  que de séparations… Après cette première remontée, il y en eut bien d’autres, pendant plus d’un an, cela n’a pas cessé …J’ai fait des bonds, j’ai été très en colère parfois de ce que je comprenais. Incroyable, formidable et terrible, ce que j’ai vécu et que je garde en moi !!! Il faut être solide , il faut être épaulé .
    Mais pour cette première traversée , cette remontée fulgurante, tout fut reçu dans la joie, un inexprimable bonheur, une certitude entière. Je ne doutais pas : je savais.
Certes, dès le lendemain, je cherchais dans une bibliothèque un ouvrage comportant une représentation iconographique de Saint Louis : oui, c’était bien lui, le même visage, le même rivage.